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dires jean marie chevrier



"Elles sortent des purgatoires et des Hadès, fragiles comme des fleurs de mai, toutes timides d’être au monde.

Elles n’osent pas encore sourire dans la crainte qu’une maladresse ne les fasse replonger dans les limbes. Elles s’agglutinent comme se regroupe le troupeau sous la menace d’un prédateur. Un rien les effarouche.

Véronique le sait et, pour montrer sa douceur et sa révérence, elle les dessine à genoux, d’une main très légère pour effacer la pellicule d’oubli qui les dissimulait.

Quand elles reviennent au monde, elles se trouvent bien démunies, un peu nues. Il leur faut un costume, des tissus, des couleurs, les réinventer avec prudence car, d’avoir séjourné longtemps dans les gris et les bleus, les lancer dans des flamboiements espagnols pourrait les effrayer.

Elles se prêtent au jeu de Véronique qui les rend à leur éclat solaire, qui leur brode des robes d’infante, les invite à des rencontres, à des voyages, à des afflictions, à des réminiscences.

Elles prennent la pose où la peinture les contraint. La lumière enfin les révèle avant qu’elles ne disparaissent à nouveau dans les cycles où s’aventurent les planètes. »

Jean-Marie Chevrier –Auteur - 29 septembre 2018



« Les âmes que vous représentez, errantes comme toutes les âmes, m’évoquent celles que les Romains appelaient les Mânes.

Ils disaient les Mânes pour ne pas prononcer le nom de lémures, qui étaient les esprits des morts.

Car ils auraient pu se réveiller et venir vous hanter.

Les lieux que fréquentent ces esprits, qui se souviennent de leur forme humaine qui les a précédés, errent dans d’étranges nébulosités.

Vous savez bien les peindre. Il faut la main légère, un rien les effarouche.

Flotte sur ces cohortes une attente infinie, celle où les maintient le christianisme dans son purgatoire.

Pour leur rendre visite il faut une autorisation. Vous avez eu ce privilège et vous en rendez compte. Je vous en remercie. »