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INTERVIEW DE l'ARTISTE

Pourriez-vous vous présenter ?

J’ai commencé à peindre à l’âge de 15 ans. Mes parents m’avaient offert à l’occasion d’un anniversaire quelques toiles, pinceaux et tubes de peinture à l’huile : les 3 couleurs primaires et un blanc. Travailler la texture de la peinture a été immédiatement un vrai plaisir. L’huile est une matière totalement sensuelle etmes toiles m’ont rapidement servi de palette. En effet, il m’est impossible de préparer mes couleurs avant de me mettre au travail comme beaucoup de peintres le font. La couleur naît toute seule. Je sais tout de suite si mes couleurs vont ensemble et c’est très souvent l’instinct qui guide mes choix.


De l’académique dans un premier temps avec des couleurs pastels (plus vous mélangez vos couleurs et moins elles sont vives), j’ai réalisé quelques copies de grands maîtres comme Corot dont j’appréciais les décors doux et sereins ou Le Caravage dont j’admirais les clairs obscurs sans oublier Vermeer.


J’ai alors commencé à travailler en atelier et notamment dans l’atelier de Catherine Raynal qui m’a appris non seulement les couleurs et leurs complémentaires mais aussi à apprendre à utiliser mon imaginaire. C’est lui qui apporte au tableau espace et profondeur.Cela m’a servi aussi à utiliser d’autres matériaux, tels que le pastel, l’acrylique, le sable, l’encre, le papier et donc d’expérimenter de nouvelles techniques comme le collage, le monotype, la gravure, l’aquarelle …


J’ai d’ailleurs appris à travailler sur papier toilé et non plus sur toile avec châssis car il est plus difficile de modifier le format.La toile, de par son format prédéfini, restreint la création.C’est ainsi que j’ai alors découpé le papier là où bon me semblait afin de parvenir au résultat escompté, ce qui n’était pas possible avec un châssis. Un travail très intéressant, très formateur et très amusant !


Pourriez-vous nous raconter vos premier pas en tant qu’artiste ?

J’ai commencé à exposer en 2000 plutôt dans des endroits publics, au  sein de locaux de professions libérales et aussi sur des grands marchés d’art.

Exposer est un moment très fort dans la vie d’un artiste. Il y a toujours l’avant et l’après. Ce n’est pas toujours facile. Vos œuvres sont jugées et vous êtes nécessairement influencée par les compliments ou les critiques. Cela fait prendre un tournant dans la manière de créer. Doit-on se plaire ou plaire à son public ? Il y a toujours des moments de doute mais aussi de grands moments de joie, de sérénité qui me permettent de me dépasser, d’aller de l’avant.


Mes tableaux vous renvoient nécessairement à vous-même, à vos joies et à vos peines. Le but est que les spectateurs puissent éprouver un sentiment en voyant le tableau. Quel que soit le sentiment,d’ailleurs, un tableau qui ne laisse personne indifférent.


D’où vient cet amour pour les couleurs vives ?

Quand je dis joie, je dis couleur. Pour moi, la couleur est synonyme de vie, de joie, de dynamisme. Comme dit mon mari, la vie n’est pas un pique-nique et il est important que, lorsqu’on regarde mes tableaux, on puisse se sentir heureux. Brancusi disait « Ce que vous voyez vous rend heureux, tout est là » et je ne peux qu’être en total accord avec lui.


J’adore la couleur. Je dirais même plus je « sens » la couleur.Comme le disait si bien Monet, « la couleur est mon obsession de la journée, ma joie et mon tourment ».

Que représentent pour vous vos tableaux ?

Mes tableaux représentent ma joie de vivre et le grand bonheur de pouvoir la communiquer aux autres car un tableau ne vit que par celui qui le regarde. Picasso disait : « l’art lave notre âme de la poussière du quotidien ». Et c’est ainsi que je vis ma peinture.


La musique classique participe aussi pleinement partie à la création de mes œuvres. Glenn Gould en premier, l’Opéra, Mozart, Vivaldi et bien d’autres. Elle me permet de m’enfermer dans ma bulle.Plus rien ne compte autour de moi, je rêve les yeux grand ouverts.Et ainsi, j’espère bien pouvoir apporter une part de ce rêve à ceux qui regardent mes toiles.


Vos sujets et couleurs préférés sont-ils liés à du vécu ?

Mes idées surviennent souvent par hasard. Nos vies sont envahies d’images de toute sorte et mon premier critère est la « beauté ».Bien sûr, cette beauté est totalement subjective. Néanmoins, je crois que l’on peut se former à la « beauté ». La beauté transcende, rend meilleur, rend la vie plus belle et c’estpour moi une chose extrêmement importante de pouvoir la partager.


Tous mes tableaux ne sont pas tous nécessairement liés à mon vécu.Certains le sont néanmoins.

J’en citerai deux :

  • Sagrada Familia qui est lié à une grande maison familiale bourguignonne dans notre famille depuis plusieurs générations et que nous avons dû vendre. Et ce tableau est le total reflet de ce bonheur fait de chants et de rires. C’est aussi un hommage à ma mère pour laquelle cette maison représentait tant puisque nous y étions toujours très nombreux et qui était tellement heureuse d’avoir sa grande famille autour d’elle.
  • Montréal où je vais très souvent puisque ma fille et sa famille y habitent.


J’ajoute que je représente souvent la Tour Eiffel sur mes peintures car c’est un monument auquel je suis très attachée. Habitant tout près, je ne peux m’empêcher de l’admirer dès que je la regarde.

 

Est-qu’il y a une différence entre l’imaginaire et les techniques des artistes-peintres hommes et femmes ?

Deux choses bien différentes que sont les techniques et l’imaginaire.

La technique est la même pour tous et chacun choisit celle qui lui convient le mieux. Quant à l’imaginaire, c’est une affaire de sensibilité propre à chacun.


Votre parenté artistique est-elle influencée par des artistes ?

Oui,bien sûr, j’ai mes peintres préférés. En premier de la liste,Van Gogh que je suis allée admirer à Amsterdam. Un univers fait de lumière, de couleurs et de mélancolie. Magnifique !

J’aime aussi beaucoup Corot dont je me suis inspirée lors de mes premiers pas dans la peinture ainsi que Le Caravage qui force l’admiration pour ses clairs obscurs.

Ensuite, Robert et Sonia Delaunay qui sont mes guides au quotidien sans oublier Kandinski, Picasso, Klee ou Braque. Odilon Redon es également un peintre intéressant car on ne peut le ranger dans« aucune case ». Peinture peut-être plus difficile à comprendre mais d’une grande poésie, incitant à la rêverie.

Enfin, Leonard de Vinci qui m’a toujours fasciné par son talent et ses multiples qualités de création. Quand on pense qu’il était à lafois architecte, artiste, peintre, ingénieur, philosophe,scientifique et sculpteur. C’est tout simplement prodigieux !A ce sujet, Daniel Arasse n’a pas son pareil pour en décrypter toutes les subtilités.


Quel est l’apport de vos activités artistiques à votre vie,peut-on concevoir la peinture comme une « pratique de soi »,voire un mode libérateur qui permet de s’épanouir et d’être vous-mêmes ?

La peinture c’est un état d’esprit, c’est une passion avant tout.

Il m’est difficile de ne pas y penser tous les jours même si j’ai d’autres obligations. En effet, la peinture se crée dans mon esprit. Le tableau prend ainsi forme petit à petit, jour après jour. Je commence d’ailleurs la plupart du temps plusieurs tableaux en même temps, en fonction de mes idées.

C’est merveilleux de pouvoir se lever chaque matin tout en ayant un« challenge » à relever car je me dois d’être non seulement originale mais encore plus, unique !

  
Que signifient pour vous les termes suivants : plume, pinceau, rouge,vide, corps ?

Plume : la légèreté de l’être et la liberté de s’évader quand bon vous semble.

Pinceau : Le moyen privilégié d’exprimer ma joie. Il est aussi synonyme de couleur : le pinceau vous permet de faire que le ciel soit bleu et que le soleil brille !

Rouge :couleur à laquelle je suis très attachée, même si techniquement,le rouge reste une couleur souvent transparente et pas toujours facile à travailler. En effet, étant jumelle, il était impossible dans notre enfance de nous différencier. Ma mère le faisant donc par la couleur. J’étais la plupart du temps en rouge et ma sœur jumelle en bleu. Je crois avoir conservé un goût particulier pour cette couleur.

Vide : je n’aime pas beaucoup cet adjectif qui représente le néant. On ne peut que penser au « trou noir » et à notre minuscule empreinte au sein de l’univers. Je préfère voir l’autre bout de a lorgnette, regarder l’être humain et voir tout ce qu’il peut faire de beau et de bien.

Corps :il fait totalement partie de notre vie. Même s’il est très souvent photographié et magnifié par de nombreux peintres, il n’est malheureusement pas souvent « écouté » et pourtant il en aurait tellement besoin !

 Quel tableau voudriez-vous voir illustrer cette interview et pourquoi ?

Je choisis Sagrada Familia comme je l’ai indiqué plus haut. C’est un souvenir encore très présent et qui me réchauffe le cœur etqui j’espère réchauffera aussi le cœur de celles et ceux qui le regarderont.

Il reflète la quiétude et la plénitude d’une vie familiale chaleureuse, ce à quoi nous aspirons tous.


Quel est le regard de l’artiste-peintre sur sa peinture ?

Créer peut être à la fois une merveilleuse aventure mais aussi représenter un tunnel sans fin.

Comment ne pas douter, parfois, ce que l’on est en train de réaliser.L’aventure ne serait pas complète si on ne passait pas par ces moments où on croit être au creux de la vague, où on pense qu’on n’y arrivera jamais et puis, tout d’un coup, l’idée est là et tout s’illumine. Je suis en perpétuelle recherche sans savoir où tout cela va me mener et c’est cela qui est passionnant. Je considère ma peinture comme un univers de merveilleux et d’enchantement. Mais pas seulement car j’aime reprendre la phrase de Leonard de Vinci : « Faites que votre tableau soit une ouverture au monde ».


Paris,le 29 septembre 2017